L'affaire Bazaine : un maréchal devant ses juges

Á la suite de la capitulation de l'armée à Metz, le 28 octobre 1870, le maréchal
François-Achille Bazaine a été accusé de «trahison» par quelques officiers et surtout
par Gambetta, ministre de la guerre du gouvernement provisoire constitué le
4 septembre.
Après la guerre de 1870, Thiers, président de «l'exécutif» de 1871 à 1873, soutenait
Bazaine et ne souhaitait pas la tenue d'un procès. Toutefois, le 23 mai 1873,
Thiers sera démis par la Chambre des députés (à majorité royaliste) et remplacé par
le Maréchal de Mac-Mahon... (Orléaniste). On jugea Bazaine.
L'examen du procès qui se déroula en fin d'année 1873, au Trianon (Versailles),
permet de soutenir qu'il fut une véritable parodie de justice. Devenu le «bouc émissaire»
de l'opinion publique d'alors, Bazaine qui avait été contraint de capituler en
raison de la conjugaison de circonstances malheureuses, était en réalité condamné
avant même d'avoir été jugé.
L'ouvrage démonte les divers mécanismes politiques et judiciaires de cette affaire
exceptionnelle et met en lumière la partialité des juges, la lâcheté de plusieurs officiers
supérieurs, sans oublier les multiples atteintes aux droits de l'Homme.
Condamné à la peine de mort avec dégradation militaire, la sanction sera commuée
dès le lendemain du verdict par le président de la République, en 20 ans de
détention. L'emprisonnement du maréchal aura lieu à l'île Sainte-Marguerite, là où
le masque de fer avait été détenu durant de longues années. Épisode tragi romanesque,
le 10 août 1874, Bazaine s'évadera avec le complicité de sa jeune épouse
mexicaine, ce qui ne l'empêchera pas de poursuivre son interminable «chemin de
croix» en Espagne où il mourut dans une extrême misère en 1888.
Cet ouvrage historique arrive à point nommé et apporte un éclairage nouveau
sur une période charnière où se joue l'un des basculements fondamentaux de la
France : le «coup de grâce» à l'Empire, l'échec ultime de la Monarchie et l'instauration
de la III<sup>e</sup> République.