Araignées du soir : fables

Rencontrer des prisonniers sur leur lieu d'incarcération est toujours émouvant
pour un écrivain. Certains n'écrivent jamais, d'autres adoucissent leur sort par des
poèmes, des contes, des essais. En amateurs coupés du monde. La présence de
quelqu'un qui en fait profession est l'occasion de monter d'un cran dans le rapport à
l'écrit.
C'est bien pour cela que des écrivains vont visiter les prisons, que
l'administration et les associations spécialisées les font venir et que l'expérience est
enrichissante pour tout le monde.
Yves Frémion a passé une quinzaine de jours avec six prisonniers de la maison
d'arrêt de Rodez. Sur une structure décidée en commun (la fable, en prose ou en
vers) et un scénario commun aussi, ces six hommes ont écrit une histoire. Voici les
six versions, qui révèlent six personnalités.
Araignées engluées dans une toile, ne sachant que faire de leurs destins une
fois hors de leur grotte, ces fables n'ont pas été chercher loin leur inspiration. Elles
disent la douleur de la liberté absente, d'un monde où vivre est difficile et où les
rapports sont parfois dévorants.
Dans le même temps, l'auteur a écrit un poème sur les lieux mêmes de la
rencontre, qui est ajouté ici en fin de volume, de manière à rendre cet échange dans
sa totalité.
Ce travail méritait d'être montré au public afin que l'exercice ne reste pas dans
une confidentialité inutile. Il est important aussi que les commanditaires de
l'opération voient ce qui peut sortir d'une telle expérience. Puisse-t-il aider ces six
hommes, lorsqu'ils sortiront, à redevenir le plus vite possible, des citoyens comme les
autres... et qu'ils n'aient pas perdu l'envie de coucher sur le papier ce qui passe par
leur tête, et par leur coeur.