A la croisée du texte et de l'image : paysages cryptiques et poèmes cachés (ashide) dans le Japon classique et médiéval

Cet ouvrage a pour objectif de présenter un phénomène intersémiotique
d'une rare complexité dans l'art japonais et proposant des objets d'arts (peintures
et laques, notamment) dans lesquels ont été dissimulés à dessein des caractères
d'écriture. De tels jeux cryptiques supposent naturellement une réception
particulière et exigent de grandes compétences chez le «lecteur» qui devra tout
d'abord repérer les signes graphiques comme tels, les déchiffrer et découvrir le
texte auquel l'artiste a voulu le renvoyer. Ce dialogue silencieux entre l'oeuvre et
son destinataire ne peut se comprendre aujourd'hui qu'à condition de se livrer à
un travail patient d'analyse entre les dispositifs ingénieux que le temps nous a
légués et leur source d'inspiration. La maîtrise et la manipulation des codes
(graphique et iconique) ont ainsi permis d'élaborer à l'époque classique et au
moyen âge des messages cachés dont la subtilité décourage le plus souvent les
chercheurs, y compris au Japon même.
Le corpus rassemble plus d'une centaine d'oeuvres dont seule une partie
a été déchiffrée aujourd'hui de façon certaine. Le présent ouvrage ayant pour
visée de rendre compte des relations entre texte et image au sein de ces objets
particuliers, on se propose donc ici d'expliciter les modalités de cryptage et
surtout d'analyser certaines d'entre elles, tenues pour particulièrement
représentatives des fonctionnements intersémiotiques qui nous occupent.
Généralement désignées sous le nom générique d' ashide , ou «écriture
en forme de roseau» - terme dont la genèse s'associe à un champ lexical aux
résonnances poétiques fécondes -, ces images seront proposées au lecteur en
fonction de la nature des procédés cryptographiques mobilisés par les artistes
et du type de relation entre texte et image qu'elle induit. Accompagnant le fil
de la réflexion, la riche iconographie (plus d'une centaine de figures et de
planches) permettra non seulement d'illustrer le propos, mais plus encore de
faire découvrir ces oeuvres subtiles pour la première fois en France.