La solitude des mourants. Vieillir et mourir : quelques problèmes sociologiques

Si la dissimulation et le
secret qui entouraient jadis
le domaine sexuel se sont
heureusement relâchés,
les tabous sociaux se sont
déplacés et singulièrement
renforcés en ce qui concerne
la mort. L'attitude pusillanime
de refus et de gêne qui
entoure aujourd'hui la fin de
vie d'un être humain est tout
à fait comparable à celle qui
prévalait dans le domaine
sexuel à l'époque victorienne.
«La description de Norbert
Elias n'a rien d'apocalyptique,
c'est le constat de l'échec
auquel se heurtent les sociétés
développées pour prendre
en charge les problèmes de
la mort. [...] Aujourd'hui on
meurt proprement, loin de la
famille. [...] Même le cimetière
ne représente plus qu'un
"espace vert urbain" livré à
quelques jardiniers experts
qui s'occupent de fleurir les
tombes. [...] "Peut-être devrait-on
parler plus ouvertement
de la mort, par exemple
en cessant de la présenter
comme un mystère."»
Roland Jaccard, Le Monde