Jean Gerson, théoricien de la théologie mystique

On parle souvent du chancelier de l'Université de Paris Jean
Gerson (1363-1429) comme d'un «mystique». Le travail qu'on
va lire a jugé bon de se dispenser d'une telle épithète, dans la
mesure où elle projette anachroniquement sur le Moyen Âge un
terme et des catégories de pensée qui lui sont ultérieurs.
Comment Gerson s'est-il compris lui-même ? Tâchant de
«prendre au mot» le chancelier, la présente étude défend
l'idée selon laquelle il a prétendu être, non un «mystique»,
ni même un «théologien de la mystique», mais un
théoricien de la théologie mystique, désireux de penser, à
partir du corpus dionysien - et notamment de la Théologie
mystique du pseudo-disciple de Paul élevé au troisième
ciel - la nature et les modalités d'acquisition de ce qu'il
estime être la connaissance la plus haute que l'homme
puisse avoir de Dieu en cette vie.
Ce livre s'efforce de déterminer la genèse de la théorie
gersonienne ainsi que son évolution. On a voulu être
particulièrement attentif à l'utilisation, par Gerson, des théories
de la connaissance qui étaient à sa disposition. À une première
théorie lisant le corpus dionysien à l'aide d'un modèle combinant
la «psychologie» victorine et la noétique héritée d'Aristote
succède une tentative nouvelle, et inachevée, visant à élucider
les principales thèses de Denys par le recours à la doctrine
augustinienne de l'esprit-image de Dieu et à la théologie
thomasienne de la grâce sanctifiante.