Les trois médinas : Tunis, Alger, Fès

Les trois médinas : Tunis, Alger, Fès

Les trois médinas : Tunis, Alger, Fès
Éditeur: Impr. nationale
2011299 pagesISBN 9782742798759
Langue : Français

«Dans le labyrinthe de la médina, car toute médina est labyrinthe

et toutes sont faites justement pour qu'on s'y perde,

c'est, pour les hommes et les femmes de ces villes, fils et

filles de généalogies qui quelquefois remontent jusqu'aux

origines archivées dans la mémoire collective, l'effort simultané

d'une double et même quête, inconsciente pour l'essentiel

: quête de ce monde-ci par les travaux et les jours,

tissée à une autre quête qui est celle de la vie éternelle.

Cela, bien sûr, c'est la vision idéale qu'on estime pouvoir se

faire de ces villes, mais l'on sait qu'ici et là, en Alger notamment

où les poussées de fièvre de l'intégrisme islamique

ont provoqué des radicalisations dangereuses, voire désastreuses,

l'arrivée des temps nouveaux a introduit avec force

l'événement politique dans la cité vouée jadis à une forme

d'intemporalité. La casbah d'Alger a joué un rôle déterminant

dans le destin récent de l'Algérie et c'est la vieille ville

qui a été le foyer de la résistance populaire contre l'occupation

française avec, au bout du sanglant chemin, l'indépendance

du pays. La médina de Tunis a, elle aussi, joué

le même rôle, quoique d'une autre façon, dans la victoire

de Bourguiba contre la France. Quant à Fès, nul n'ignore

comment, par le poids de sa médina où se forme en fin de

compte l'opinion publique de tout le Maroc, son attitude

aura été décisive en 1911, quand les troupes françaises ont

investi la ville, appelées à l'aide par le sultan Moulay Hâfiz

assiégé dans son palais par les Berbères révoltés [...] et

comment, par la suite, cette même opinion publique sera

décisive lors de la déposition, en 1951, dudit sultan et son

exil à Madagascar pour cause de «rébellion», ce qui devait

conduire, au terme d'une résistance acharnée de Fès, en

particulier, au rétablissement triomphal sur son trône, en

1955, du sultan, devenu le légendaire Muhammad V, rétablissement

suivi, en 1956, de la reconnaissance par la France

de l'indépendance du Royaume. Trois médinas : trois indépendances.

Beau bilan pour ces agglomérations venues du

fin fond des siècles et qui avaient su préserver, face à la

puissance de l'efficacité ultramoderne, la toute-puissance

de leur domination symbolique.»

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