Louis XIV : homme et roi

Dans la mémoire collective, Louis XIV est une figure convenue,
figée dans la pose majestueuse qu'adopte le célèbre
portrait peint par Hyacinthe Rigaud. On oublie que Louis
n'est pas resté identique pendant sept décennies, qu'il y a peu de
choses en commun entre l'adolescent de la Fronde, le monarque
rayonnant de 1661, le souverain impérieux de 1685 et le vieillard
affaibli des dernières années.
Les historiens de Louis XIV reprennent souvent à leur compte le
discours officiel du Grand Siècle, qui absorbe l'homme dans le roi,
qui fait de Louis une pure et simple incarnation de l'État. À y regarder
de plus près, théorie et pratique n'ont pas toujours concordé : derrière
le monarque guerrier de la propagande se cache un roi-bureaucrate ;
le prince qui «gouverne par lui-même» sait aussi composer pour
accommoder ses devoirs et ses plaisirs.
Pour comprendre l'homme et son «art de régner», témoignages et
souvenirs des contemporains sont précieux, mais rien ne vaut les écrits
de l'intéressé et de ses grands serviteurs, où l'on voit, au jour le jour,
comment le roi actionne la complexe machinerie de l'État, où l'on
lit la joie des succès faciles, l'impatience à obtenir des nouvelles, les
hésitations devant les décisions à prendre, les repentirs après l'échec.
À l'aide de nouvelles sources, ce nouveau Louis XIV fait redécouvrir
le prince véritable, trop longtemps caché derrière les éloges de ses
flatteurs comme derrière les caricatures de ses ennemis.