In tenebris lux : la foi à l'épreuve du feu : lettres des tranchées, 15 février-28 septembre 1915

«Ce fort de Beauséjour restera l'épisode le plus glorieux mais le plus
terrible de la plus terrible des guerres. Que de morts dans ce qui fut un
magnifique bois ! C'est une immense nécropole où rien ne manque ;
ici et là gisent des cadavres plus ou moins mutilés, d'autres semblent
dormir ; des débris de toutes sortes, képis, sacs, fusils, gamelles gisent
dans les boyaux, sur les parapets ; partout, on enjambe un cadavre, on
se blottit dans un trou d'obus où pend un pied.... Que les glorificateurs
de la guerre comme école du courage, du virtus romain, viennent
passer une heure ici, une heure au moment de l'arrosage habituel ! ils
en rabattront de leurs belles théories !...»
Visions d'horreur, théâtre de la cruauté... Sur la triste scène de la
Grande Guerre, entre février et septembre 1915, Roger Delteil - jeune
étudiant enrôlé au 122<sup>e</sup> Régiment d'Infanterie - est à la fois acteur,
spectateur et auteur : huit mois passés au front, lors de l'offensive
de Champagne, à vivre de l'intérieur la violence des combats et le
face-à-face avec la mort, à décrire pour ses proches ses émotions, ses
peines et ses espoirs pour conjurer la douleur de la séparation et du
déracinement, à espérer la fin de la guerre et à penser les prémices
d'une reconstruction pour demain. Le témoignage est bouleversant,
soutenu par une plume alerte et avertie. Car sur les ruines de la
guerre se cueillent aussi de délicates pensées, pleines de sensibilité
et d'humanité ; au fond du gouffre germent aussi de doux moments
de contemplation inspirés par le spectacle de la nature, furtivement
arrachés à la violence de la mort.
Une vie brisée, une vocation anéantie, mais une foi vive et une
espérance tout auréolée de lumière.