Art-politique : le devenir autre

Quand à l'ère moderne la politique construit ses propres appareils et
que l'art gagne son autonomie esthétique, les deux sphères consacrent
leur séparation : la politique paraît nécessaire au fonctionnement
social, l'art semble contingent, même si la bonne culture l'élève
à la hauteur de l'esprit.
Dès lors que l'espace social s'est élargi à sa dynamique démocratique,
l'art et la politique radicaux ont constitué des avant-gardes
en surplomb de la masse : la politique aux fins de mobiliser, l'art
moderne en réaménageant les formes sensibles.
En un temps de manque de structuration politique, et d'exploration
de ses propres limites par l'art contemporain, des pratiques autodidactes,
politiques et subculturelles, sans référence ni à la politique
partisane ni au monde de l'art, se produisent dans l'espace urbain.
Elles ne se substituent ni à la politique ni à l'art, mais résolvent
à leur façon la question de la séparation de ces deux sphères, et
celle de leur inscription dans les milieux d'existence ; c'est là une
«aisthétique» du politique. Cet essai tente de suivre le rapport art /
politique au regard de l'espace social à travers le temps.