Lumières, n° 22. Lumières radicales et franc-maçonnerie

L'évaluation du «radicalisme» de la franc-maçonnerie
au XVIII<sup>e</sup> siècle est un thème récurrent de la recherche
dix-huitièmiste. Barruel, Robinson et d'autres peu
après l'événement ont prétendu que la Révolution
française s'était préparée dans les loges, un véritable
complot froidement ourdi. Koselleck, au siècle dernier,
estimait qu'il s'agissait plutôt d'une conséquence
trop tard comprise de discours développés dans
le secret protecteur des loges, inconscients des
périls politiques menaçants. D'un côté, de froids
manipulateurs, de l'autre, de doux et naïfs idéalistes.
Lors du bicentenaire de 1789, François Furet,
reprenant sur ce point les thèses d'Augustin Cochin,
estimait lui aussi que la franc-maçonnerie avait été
un creuset d'idées révolutionnaires. Aujourd'hui,
aucune de ces hypothèses n'est retenue par
l'historiographie. Beaucoup d'historiens ont même
affirmé avec force que la franc-maçonnerie n'avait en
tant qu'institution rien à voir avec la Révolution et que
seule une certaine historiographie maçonnique prorévolutionnaire
a cru pouvoir associer Révolution et
franc-maçonnerie en affectant d'un signe positif les
élucubrations complotistes.
Il a paru intéressant de revenir à la franc-maçonnerie
elle-même et de réévaluer son radicalisme potentiel
et/ou réel. Ce d'autant plus que la notion même
de Lumières radicales auxquelles Lumières avait
déjà consacré un numéro spécial est loin de faire
l'unanimité chez les chercheurs.