Le Louvre à l'époque romantique : les décors du palais (1815-1835)

«C'est un noble usage que de laisser le palais des rois ouvert au peuple !»
s'exclama le critique Delécluze lors de l'inauguration du musée Charles X au
Louvre en 1827. Après la chute de l'Empire, le Louvre, qui avait accueilli le plus
prestigieux musée du monde, devint l'objet des attentions les plus vives des
gouvernements successifs de la Restauration. Sous les règnes de Louis XVIII et
de Charles X, on entendit faire du Louvre non seulement le symbole fastueux
de la monarchie restaurée, mais aussi celui du relèvement de la Nation. À côté
du musée royal, qui se développa sur les dépouilles du musée Napoléon, trois
nouveaux musées y furent créés : le musée Charles X et ses deux divisions,
l'une antique, l'autre égyptienne sous l'égide du jeune Champollion, un musée
de sculptures modernes et l'ancêtre du musée de la Marine. Des institutions
politiques et administratives, comme la chambre des Séances royales ou le
Conseil d'État, vinrent s'y installer.
Toutes furent dotées de décors somptueux, où oeuvrèrent certains des
artistes les plus célèbres du moment : les peintres Gros, Gérard, Ingres ou
Delacroix, les architectes Percier et Fontaine, le sculpteur David d'Angers... Si
quelques-uns de ces ensembles furent démembrés, beaucoup sont aujourd'hui
conservés dans les salles du musée et suscitent l'admiration des visiteurs.
Pourtant, ils n'ont jamais fait l'objet d'une étude d'ensemble, qui les replace à la
fois dans le contexte culturel, artistique et politique de ces années 1820, bientôt
qualifiées de romantiques. Le présent ouvrage entend combler cette lacune.
Ainsi revisité, le Louvre de la Restauration apparaît comme l'un des lieux du
renouveau de la peinture monumentale en France, renouveau qui s'opéra
autour d'une idée politique : le dépassement de la Révolution dans une
relecture mythique de l'histoire de la monarchie et la réconciliation nationale.