L'ombre s'étend

L'ombre s'étend
« Le vent fait bruisser les grands pins qui sont de l'autre côté de la maison. J'imagine leurs pointes presque immobiles, leurs lourdes branches qui craquent légèrement, leur sève qui suinte aux plaies où se collent des poussières d'écorce, les aiguilles sombres qui se frottent les unes contre les autres. Ils sont dans ma tête, je n'ai pas besoin de les voir. Je les sens vivre près de moi. Ils ne me voient pas, je ne les vois pas, et pourtant nous nous protégeons les uns les autres, ils veillent sur moi comme de discrets grands frères. »
L'ombre s'étend est la réponse que fît en 1923 le compositeur finlandais Jean Sibelius (1865-1957) à un journaliste qui lui demandait de définir sa sixième symphonie en une seule phrase. Trois ans plus tard est créé son dernier poème, Tapiola . Le terme signifie littéralement le séjour de Tapio, le dieu sylvestre des anciens Finnois. Avec cette oeuvre, dans laquelle il fait le portrait d'une forêt mythique balayée par des vents glacials, se clôt sa carrière de compositeur. Suivront trente ans de silence.