Pestes, incendies, naufrages : écritures du désastre au dix-septième siècle

La peste de Milan, l'éruption du Vésuve, l'incendie de Londres : ces faits
n'ont pas subsisté dans la mémoire collective à cause de leur impact ou
de leur singularité, mais en raison des discours qu'ils ont produits et qui les
ont produits, en tant qu'événements. Bien avant le désastre de Lisbonne, les
catastrophes naturelles, au dix-septième siècle, deviennent des phénomènes
éditoriaux, suscitant une très grande quantité de récits, de témoignages, de
traités, de sermons, de lettres, de poèmes. Des «colonnes de la peste» s'élèvent
sur les places des villes. À la même époque, les catastrophes naturelles font aussi
leur apparition dans des oeuvres de fiction.
L'objet du présent ouvrage est d'interroger quelques-unes des manifestations
de cette approche nouvelle de ce que l'on n'appelle pas encore, ou pas souvent,
des «catastrophes» : les modalités de leur mise en récit, l'inscription d'un
point de vue, ou encore la visée esthétique revendiquée par des auteurs qui ne
sont pas tous des professionnels de l'écriture, et presque aucun des écrivains de
renom. Quels moyens rhétoriques, poétiques, ou même dramatiques ont-ils
mis en oeuvre afin de rendre compte de la peur, de l'horreur et du deuil ? Quels
systèmes de causalité, quels modèles de compréhension et de comportement
ont-ils pour cela mobilisé ? Comment les conflits d'interprétation ont-ils
contribué à leur prise de parole et informé leur représentation des faits ? Que
dit, enfin, celui qui a survécu à la peste ou au naufrage ?
La réponse à ces questions ne peut se trouver que dans la forme et l'écriture
de ces textes, dont certains sont exceptionnels par leur force évocatoire ou
l'intelligence de leurs enjeux esthétiques et moraux. C'est pourquoi les auteurs
de ce livre ont choisi de les commenter, de les présenter et d'en donner à lire de
larges extraits, en langue originale et en traduction.