Philosophie, n° 117

Philosophie, n° 117

Philosophie, n° 117
Éditeur: Minuit
201395 pagesISBN 9782707322883
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro s'ouvre sur la traduction, par Gilles Blanc-Brude, d'un choix

de Réflexions en vue de l'anthropologie de Kant, réflexions qui contiennent

les notes prises par des auditeurs aux cours du philosophe, et qu'il

convient de comparer avec l' Anthropologie du point de vue pragmatique

et les Leçons sur l'anthropologie. L'intérêt principal en est de préciser le

sens du point de vue pragmatique qui caractérise l'anthropologie kantienne,

et de définir le rapport de l'anthropologie avec l'ensemble de la métaphysique

kantienne : par son style populaire, son apparent désordre et son

caractère manifestement empirique, cette discipline est-elle étrangère au

domaine de la métaphysique critique ? Est-elle réductible à une éthique

appliquée, ou à une doctrine de la prudence ? Ou bien est-elle le nécessaire

prolongement de la philosophie pure, en particulier de la métaphysique

des moeurs ?

Dans «Le panpsychisme de Bergson : une hypothèse sur la nature de

la matière», Joël Dolbeault étudie chez Bergson le statut du panpsychisme ,

à savoir la thèse selon laquelle l'esprit serait une caractéristique fondamentale

de la réalité, partout présente dans l'univers - en particulier chez

tous les vivants, mais également dans la matière inerte. L'auteur part du

fait que, même si Bergson n'emploie jamais ce terme, il affirme cependant

que la matière inerte participe de la conscience ; et il s'attache, non

à démontrer que Bergson défend une thèse panpsychiste, mais à déterminer

le type de panpsychisme dont il s'agit, ainsi qu'à montrer la compatibilité

entre cette thèse et la démarcation rigoureuse entre l'inerte et

le vivant.

Dans «Quel est le sens du projet derridien ?», François Mary pose la

question de la signification unitaire de la pensée philosophique de Derrida

: est-elle dépourvue d'unité théorique et rétive à toute tentative de

synthèse, ou une synthèse est-elle possible qui ressaisirait le sens de la

déconstruction dans son ensemble ? Partant des formules où Derrida explicite

ce projet déconstructif, l'auteur montre qu'il relève de deux orientations

hétérogènes : un effort pour interpréter une dynamique aporétique

qui serait constitutive du réel, de l'éthique et de la pensée ; et une dissolution

subversive de toute identité et de toute règle, de toute maîtrise

régulatrice dans le champ de la connaissance et de la morale. Quelle est

alors la compatibilité de ces deux orientations ?

Le numéro se termine par la traduction, par Diego Company et Nobuo

Naito, d'un texte écrit en 1965 par le philosophe japonais Wataru Hiromatsu,

«Quelques remarques sur la théorie de la signification». Parti de

Marx, Hiromatsu est en dialogue avec Husserl, et part du schéma à trois

termes noèse-noème-objet, qu'il considère comme un dogme fondamental

de la philosophie moderne qu'il s'attache à mettre en question. Il formule

une théorie relationnelle de la signification et de la connaissance, fondée

sur une double structure bipartite : le donné et le signifié étant distincts,

leur relation est cependant reconnue comme une relation d'identité. Les

lecteurs pourront suivre cette réappropriation orientale originale de Husserl,

et s'interroger sur les différences réelles qui séparent cette doctrine

de la philosophie husserlienne.

D. P.

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