Le pouvoir du Monde ou Les illusions perdues

Partout, on s'inquiète sur l'avenir des médias. Dans la presse,
les radios et les télévisions, les journalistes ont pris, sans être
élus ni surtout responsables, un pouvoir considérable dans
nos sociétés. Mais, comme tous les pouvoirs, ils sont l'objet de
suspicion et de critiques de plus en plus sévères. Le temps
viendra-t-il où, comme les citoyens désertent les urnes, les lecteurs
et les spectateurs déserteront les médias d'information ?
La question est particulièrement dramatique pour la presse
quotidienne nationale. La crise dans laquelle est entré
Le Monde au début des années 2000 est exemplaire de cette
situation car, longtemps, ce journal qui se voulait de référence
semblait à l'abri des dérives. Nourri d'une enquête au long
cours, ce livre de Bernard Poulet porte sur le célèbre «quotidien
du soir» un regard critique révélateur des problèmes du
journalisme contemporain. Il met à jour les ressorts de l'incroyable
ambition qui a animé Jean-Marie Colombani, Edwy
Plenel et Alain Minc depuis 1994 : rien moins que changer la
République...
Bernard Poulet révèle ainsi l'ancienne et étrange fascination-répulsion
entre François Mitterrand et les leaders de la gauche
de la rédaction, un facteur clé pour comprendre l'évolution
ultérieure du quotidien après que ces derniers ont pris le
pouvoir. Et il raconte comment ils ont conduit une véritable
révolution journalistique, faite d'innovations, mais aussi, en
privilégiant les «coups» et la mise en scène de l'information,
de graves dérapages...
«Le patient décryptage de Bernard Poulet, conclusion de trois ans
d'enquête, se démarque de celui de ses prédécesseurs en adoptant un
ton moins polémique mais s'engage sans faillir dans ce que l'auteur
appelle le "problème du Monde ".» La Croix
«L'autoroute d'une crise que Péan et Cohen ouvrirent à la hache,
Poulet l'emprunte avec le sécateur du finisseur. Son acier est précis, son
ton est froid, et l'un et l'autre d'autant plus efficaces.» Libération