Le pessimisme est un humanisme : Schopenhauer et la raison juridique

Demeuré longtemps dans l'ombre de Hegel dont il est
le contemporain, Arthur Schopenhauer ne bénéficiera
que d'une gloire posthume et influencera, à la fin du
XIXème siècle, des penseurs importants à l'instar de
Nietzsche ou Freud. Son apport majeur, qui est loin
d'être dérisoire, est d'avoir renversé la perspective à
partir de laquelle la philosophie occidentale pensait
jusqu'à présent l'individu. Considéré comme un être
libre et doué de raison, voici que l'homme est regardé,
avec Schopenhauer, comme l'otage de la Volonté,
concept derrière lequel le philosophe allemand range
notamment les passions et les émotions. En définissant la
souffrance comme constitutive de l'essence de la vie et
en affirmant la thèse révolutionnaire de l'assujettissement
des fonctions intellectuelles aux fonctions affectives,
Schopenhauer nous livre une vision irrationaliste du
monde dont cet ouvrage tire parti pour revisiter la pensée
juridique moderne. Le présent essai propose de voir dans
le désenchantement éthique et moral qui caractérise le
libéralisme politique et le positivisme juridique l'ombre
portée du pessimisme schopenhauérien.