La véritable tragédie de Panaït Istrati

Fervent partisan de la Révolution russe, l'écrivain roumain de langue
française Panaït Istrati est invité à Moscou en 1927, où l'on célèbre le dixième
anniversaire de la révolution d'Octobre 1917. Désireux de rendre compte des
bienfaits des réformes menées par l'État soviétique, il entreprend un voyage
de seize mois à travers le pays, avec son ami l'écrivain Nikos Kazantzaki et
leurs compagnes respectives, Bilili et Eleni, l'auteur du présent récit.
La «véritable tragédie» dont il est ici fait état est celle de la profonde désillusion
de Panaït Istrati, qui, sept ans avant le Retour d'URSS d'André Gide,
fut l'un des premiers, dans le camp progressiste, à révéler les méfaits de la
contre-révolution bureaucratique orchestrée par Staline. Revenu à Paris,
Panaït Istrati témoignera en effet de sa violente déception dans Vers l'autre
flamme (rédigé avec Victor Serge et Boris Souvarine). Considéré comme
un traître à la cause révolutionnaire, il paiera de sa solitude son courage et
son goût de la vérité - une solitude seulement adoucie par la fidélité de trop
rares amis (notamment Nikos Kazantzaki et Victor Serge, dont les correspondances
sont ici reproduites).
« ... nous recevons chacun deux petites cartes nous permettant le libre parcours
sur tous les chemins de fer et les bateaux soviétiques. Heureux, nous serrons nos
bricoles et commençons le fameux pèlerinage qui devrait durer deux ans et finir
par un chant d'apothéose sur la Russie soviétique. Malheureusement, et sans
crier gare, l'affaire Roussakov se dressa devant nous comme une hydre à mille
têtes et nous brisa les reins. »