Le monde paysan des alentours de Sainte-Marie-aux-Mines, 1840

Les dessins de Jean Frédéric Albert Wachsmuth sont exceptionnels car il s'agit sans doute de la toute première étude systématique de maisons, d'objets mobiliers et d'outils de travail existante en Alsace, dans la première moitié du XIX<sup>ème</sup> siècle. L'artiste s'est attaché à décrire le plus minutieusement possible, avec un sens de l'observation très poussé et précis, les objets liés à la vie quotidienne des paysans à qui il a rendu visite. Sa ligne est claire, présentant chaque objet sous le meilleur angle, de telle manière qu'il soit aisément identifiable. Il est rompu aux techniques du dessin industriel, il a le coup d'œil et le trait de crayon à la fois rapide et apte à rendre compte des nuances. Il fixe sur le papier autant des outils de travail, des meubles et des maisons, que des personnes portant les costumes traditionnels, ou en train de travailler, et il s'intéresse aussi aux écoliers penchés sur leur pupitre.
Il a le même regard et la même façon d'organiser le matériau analysé, que les personnes qui vont constituer les collections d'objets dans les musées qui naîtront çà et là en Alsace, à la fin du XIX<sup>ème</sup> siècle et au début du XX<sup>ème</sup> siècle. Il reprend en l'amplifiant la tradition des encyclopédistes du XVIII<sup>ème</sup> siècle désireux de décrire de la manière la plus rigoureuse possible les modes de vie et de production de leurs contemporains. A côté de presque chaque objet dessiné il note le nom en allemand ou en français, et quand cela s'impose, il rédige un commentaire plus long, indiquant les couleurs, les formes et la fonction de l'objet. Les objets fixés par le talent de Jean Frédéric Albert Wachsmuth, font partie pour la majorité d'entre eux d'une culture paysanne millénaire, certains ont été utilisés quotidiennement jusque dans les années 1960, et continuent dans les fermes de montagnes des Hautes Vosges à remplir leur fonction. Ces objets sont pour une bonne partie d'entre eux réalisés à partir de diverses essences de bois, expression d'un savoir traditionnel perdu ; ils sont le prolongement des gestes naturels du corps, l'énergie première étant la force physique. Le milieu des paysans de montagne est celui d'un travail dur et éreintant, usant rapidement les corps et les êtres. En outre, l'électricité n'existant pas, les moyens d'éclairage disponibles plongent les pièces de la maison dans un «clair-obscur», dont nous n'avons plus l'expérience. La source lumineuse, principalement la bougie ou la lampe à huile, à faible rayonnement, créée autant de clarté que d'ombre, qui enveloppe les choses d'un halo mystérieux et parfois inquiétant.