Critique et plurilinguisme

Ce volume, auquel ont contribué des spécialistes d'horizons culturels et
linguistiques différents, voudrait éprouver les conséquences du
plurilinguisme sur le discours critique. Il participe à sa manière d'une
interrogation persistante sur les liens entre littérature comparée et
traduction.
Pour les comparatistes, la lecture en plus d'une langue passe par le texte
traduit, dont le statut dévalorisé inscrit d'emblée la poétique dans le
double champ du politique et de l'éthique.
Véritable «critique en action» (comme le disait Proust du pastiche), la
traduction est par ailleurs un précieux laboratoire de la lecture où s'essaient
des interprétations et des fidélités, où s'expérimente l'articulation difficile
entre la grande échelle d'une «littérature mondiale» et le rapport du détail
à la lettre ou à la langue d'un texte.
Penser les marges, penser ailleurs, c'est mettre en crise - faire oeuvre
critique, donc, au sens fort du terme ; au sens où, entre les langues, la
motion est plus forte.