Venir à Nantes avant d'être damné : migrations rurales bas-bretonnes vers Nantes : XIXe-XXe siècles

L'émigration, qu'elle soit au cabotage ou au long cours, est une histoire douloureuse dans ses débuts, hier comme aujourd'hui. Sans doute les ruraux qui viennent à Nantes au XIX<sup>e</sup> siècle ne connaissent-ils pas le même dépaysement que ceux qui gagnent des horizons plus lointains. Mais la pauvreté, qui est une compagne familière, la langue pour le Bas-Breton et certaines habitudes sont utilisées, à Nantes comme ailleurs, par ceux qui craignent et veulent mettre à l'écart cet Autre, qui n'est pourtant pas un étranger. Au bout d'une génération, la tendance au repli protecteur des nouveaux arrivés disparaît. Les fils des migrants se fondent dans la ville. L'histoire semble alors achevée. Il reste cependant à faire le travail de mémoire. Lui seul assure la véritable intégration : celle qui assume le passé, reconnaît la diversité des parcours, tisse les fils entre hier et maintenant, entre cet Autre et nous-mêmes.
Ce proverbe cornouaillais témoigne de l'attirance mais aussi de la crainte qu'exerce, au XIX<sup>e</sup> siècle et au début du XX<sup>e</sup> siècle, la capitale économique de la Bretagne sur les ruraux que la misère pousse au départ. C'est cette fascination réticente que ce livre tente tout d'abord de comprendre. Mais l'observation des trajectoires familiales, du rejet initial des pères à l'intégration des fils ou des petits-fils, rend compte, au final, de la réussite de ce creuset où se fondent, en un alliage toujours recommencé, anciens et nouveaux venus.