La politique d'Aristote : la démocratie à l'épreuve de la division sociale

Les Politiques ont été écrites il y a
plus de 2000 ans. Redécouvertes il y a
750 ans, depuis sans cesse lues
et commentées, elles nourrissent
encore nos interrogations : sur les
conséquences d'un accès égalitaire à la
citoyenneté et l'hétérogénéité de la communauté civique qu'il entraîne ; sur
la nature de la citoyenneté, trop souvent réduite au choix périodique de
représentants ; sur la compatibilité de la souveraineté des États avec un
ordre politique commun à l'Europe ou au monde, démocratique, capable
d'éviter les guerres ou la domination de quelques grandes puissances et de
réguler la recherche sans fin du profit qu'Aristote jugeait incompatible avec
une vie pleinement humaine.
Sans s'arrêter à des réponses dogmatiques, Aristote analyse les succès et
les échecs de ces deux siècles où les Grecs ont inventé et expérimenté des
cités et des démocraties. Ses réponses sont parfois difficiles à interpréter.
Veut-il un accès large ou étroit à la citoyenneté ? Tient-il compte de la
critique de l'esclavage dont il est un des seuls à nous informer ? Dans des
sociétés déchirées par le conflit entre les riches et les pauvres, comment
pense-t-il éviter que la démocratie conduise au pouvoir despotique des
pauvres ?
Ces difficultés ont été expliquées par la biographie d'Aristote - il aurait
évolué de l'idéalisme au réalisme - ou par les hasards de la conservation et
de la transmission des manuscrits. Selon l'auteur, elles manifestent plutôt
une pensée toujours au travail, une volonté de «problématiser» avec
rigueur des questions que nous devons, dans un monde différent, reprendre
et prolonger à notre manière.