Le palais de Darius à Suse : une résidence royale sur la route de Persépolis à Babylone

Ce livre a pour but d'éclairer une page de l'histoire
de l'Empire perse au sommet de sa grandeur,
il y a 2 500 ans, et l'image d'un homme d'exception, le Grand
roi Darius I<sup>er</sup> (522-486), roi des rois, roi des Perses, pharaon
d'Égypte. Le palais qu'il a fait construire à Suse aux confins
de la Perse et de la Babylonie, au centre géographique d'un
empire qui s'étendait de la vallée du Nil à celle de l'Indus,
est un témoin unique de l'architecture orientale à la fin du
VI<sup>e</sup> siècle avant l'ère commune.
Ce palais, reconnu il y a 150 ans
par l'archéologue britannique
W.K. Loftus, puis par l'archéologie
française, s'est trouvé
révélé dans ses dimensions et
sa complexité par dix années
de recherches sur le terrain, de
1969 à 1979. Son souvenir, gardé
par la Bible aux livres d'Esther,
d'Esdras et de Néhémie, avait
aussi trouvé un écho dans des
pièces du théâtre grec et français
ainsi que dans la littérature de
l'Antiquité ; souvenir ravivé en
1888 par l'arrivée dans les salles du musée du Louvre d'un
gigantesque chapiteau à têtes de taureau et de frises de
briques émaillées alignant des «archers» richement vêtus,
tenant la lance, ou d'inquiétantes figures de lions et de
monstres ailés. Mettant en oeuvre de surprenantes techniques,
le palais de Darius s'est élevé sur les ruines déjà millénaires de
la vieille capitale élamite ; il marque une étape sur la route du
Fars vers la Babylonie et, au-delà, vers l'Asie antérieure et le
monde égéen. Sa construction a rapproché deux cultures, deux
traditions architecturales ; celle de la plaine mésopotamienne
qui ne dispose que de terre et d'eau, de la brique crue et des
roseaux, et celle du haut plateau iranien dont les matériaux
sont aussi la pierre et le bois. La convergence des deux
manières de bâtir a débouché, dans un esprit de connivence,
vers des solutions élégantes, comparables dans le domaine de
l'architecture à celles que connaissent, dans le même temps,
les arts plastiques. En témoigne,
dans cet autre domaine, la statue
colossale de Darius, dressée en
Égypte au bord d'un canal reliant
le Nil à la mer Rouge et à la Perse,
avant qu'elle ne soit apportée à
Suse par Xerxès. L'ornementation
du palais introduit une iconographie
nouvelle, une imagerie
humaniste qui met fin au règne
des monstres de l'ancienne
mythologie et révèle un aspect
de l'idéologie de Darius, chef de
guerre charismatique, mais aussi
homme de religion, administrateur
et législateur à l'échelle du monde alors connu.
Sous le haut patronage de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres et coordonné par Jean Perrot, directeur de
la mission archéologique de Suse, cet ouvrage rassemble
des contributions d'historiens, archéologues et spécialistes
français de la période achéménide, professeurs au Collège de
France, chercheurs au CNRS, conservateurs du département
des Antiquités orientales du musée du Louvre.