Jean-Patrick Manchette : le récit d'un engagement manqué

À l'heure où les démons de la censure réapparaissent sournoisement
sur la scène littéraire, la littérature persiste à poser les mêmes
questions déstabilisantes. De même, sans plus prétendre «changer la
vie», persiste-t-elle à vouloir agir sur le monde. Dans ces conditions,
qu'appelle-t-on aujourd'hui un écrivain engagé ?
Jean-Patrick Manchette (1942-1995) a résolument incarné cette
figure. En dix ans et une dizaine de romans, il a, par sa capacité
critique, porté un coup fatal à l'écriture de polars en France. Notre
intention est claire : montrer que Manchette n'a nullement été
l'inventeur d'un nouveau genre - le néo-polar -, mais plutôt son
fossoyeur le plus fécond. Il a accompli une expérience critique
unique dans l'histoire du roman noir français : utiliser sa force socio-politique
tout en jouant ironiquement de ses mécanismes formels.
Mais à l'aube des années quatre-vingt, J.-P. Manchette s'est
heurté à une impasse tant politique que formelle et a abandonné
l'écriture de roman. Notre ambition est de comprendre ce retrait et
en quoi il préfigure le retournement de tendance romanesque qui
s'est produit en France à cette époque.