Mythes sacrificiels et ragoûts d'enfants

Sacrifices d'Isaac et d'Iphigénie, avalement de Cronos,
festins effroyables de Thyeste et de Térée : le sacrifice et la
dévoration de l'enfant - de son propre enfant - représentent
les formes de violence les plus transgressives qui puissent
se concevoir, le degré suprême de l'horreur. Sans doute
parce que le sacrifice infanticide pervertit doublement l'ordre
du monde : celui qui définit les liens entre les hommes et les
rôles familiaux, et celui qui règle les rapports avec les dieux.
Sans doute aussi parce que, dans la scène de tecnophagie,
l'ingestion opère comme une inversion monstrueuse de la
mise au monde.
Une première série d'études, consacrée aux Scandales du
ventre , considère les enjeux esthétiques et éthiques, mais
aussi sociaux et religieux, des principaux mythes anciens au
plus près des textes antiques ou relus dans leurs
redéploiements modernes, de la Bible et d'Hésiode à Racine,
Voltaire ou Goethe. Viennent ensuite des Histoires de bouche ,
contes traditionnels d'Occident et d'Afrique, contes littéraires
et romans contemporains, qui réinterprètent les scénarios
mythiques de l'enfant bouc émissaire pour s'organiser autour
de la puissance de sa parole et nous mener de la chair du
conte aux mécanismes de la création artistique. Une troisième
partie, Pratiques, fantasmes et idéologies , explore, entre
vérité et fiction, dans les littératures de l'Antiquité et des
temps modernes, les stratégies de mise en scène de ces
sacrifices infanticides et autres horreurs culinaires.
Ces récits ou schémas mythiques de la violence infanticide
offrent un champ d'interrogation et de réflexion fructueux sur
les représentations collectives des liens familiaux et des
modalités de la filiation, propre à nourrir la réflexion sur
l'enfance engagée par notre société dans tous les domaines
disciplinaires.