Etude sur l'histoire naturelle de la truffe

Il y a peu d'années encore, on croyait que les truffes,
les champignons et autres cryptogames chamus étaient
des végétaux mystérieux, n'ayant ni sexes ni génération,
venant au monde par suite de quelques influence atmosphérique.
On voyait bien auprès de certaines espèces une
substance blanche ; mais on la prenait pour une moisissure,
une pourriture de la terre. Les filaments blancs étaient
pris pour des racines ou des prolongements. Ce n'est que
récemment, surtout depuis la culture du champignon de
couche, que l'on s'est décidé à dire : le mycélium est la
plante et le champignon est le fruit. Depuis les travaux
de M. Tulane et de quelques autres observateurs, ce système
a prévalu ; mais il n'a jamais été démontré d'une
manière évidente ni suivi dans tous ses détails.
La truffe, en raison de sa forme particulière, des rugosités
de son écorce, de ses moeurs souterraines, s'est vu
refuser le titre de champignon. Pour expliquer sa formation,
on a émis une foule de suppositions plus ou moins
ingénieuses, quelques-unes absurdes. Deux systèmes
seulement existent encore aujourd'hui. Les uns veulent
que ce soit une galle produite par la piqûre d'une mouche
sur les racines de certains arbres ; les autres soutiennent
que c'est un vrai champignon, c'est-à-dire un fruit relativement
très gros, produit par une plante très petite, blanche,
filiforme, souterraine, appelée mycélium. C'est ce
dernier système dont nous espérons démontrer l'exactitude,
non par des raisonnements puisés dans les bibliothèques,
mais par des faits pris sur nature à toutes les
époques de l'année.
A. Condamy