Introduction aux sciences criminelles : pour une approche globale et intégrée du phénomène criminel

Le crime est fondamentalement complexe, comme l'être humain qui
le commet. Généralement décrit au travers de démarches éclatées,
voire réductionnistes, le phénomène criminel commande une stratégie
scientifique d'approche globale et intégrée.
Une telle stratégie doit permettre aux acteurs de la réaction sociale
au crime de sortir des confusions conceptuelles, des incohérences
empiriques et des amalgames doxologiques, caractéristiques du
domaine entrepris. Une telle stratégie s'impose d'autant plus que le
crime n'est pas inévitable. L'enracinement dans la criminalité n'est pas
davantage irréversible. Tout indique, en ce sens, que le crime est très
généralement vécu comme la seule réponse adaptée aux conflits
(d'intensité, de contenu et de fréquence variables) émergeant au sein
du groupe social.
Très massivement, les actes de petite délinquance sont le lot des
tribunaux répressifs. Les réponses pénales, cristallisées sur les plus
démunis d'entre nous, n'en demeurent pas moins fortement coercitives,
au mépris des principes fondateurs de justice, d'égalité et de
proportionnalité. Par un meilleur partage des savoirs, des avoirs et des
pouvoirs, la plupart des dysfonctionnements institutionnels et
individuels repérés (contentieux surchargé, surpopulation pénale,
récidive, prise en charge éclatée et incomplète des victimes,
notamment) se résorberaient mieux. Sans négliger les substantielles
économies qui en résulteraient.
La mise en harmonie des valeurs à protéger socialement, des
modalités destinées à prévenir leur transgression éventuelle comme
des réponses de nature à en éviter la répétition apparaît très urgente.
Notre système de justice pénale, s'affichant résolument démocratique,
ne peut s'en dispenser. Les sciences criminelles ont vocation à y
participer.