Les cadrans multilogiques : roman-revue

Un éditeur autre que l'auteur aurait pu présenter ce livre
ainsi. - Voici le premier roman d'un essayiste, et qui amorce
une recherche. Des descriptions sociologiques ou critiques
fournissent la trame d'une intrigue à laquelle se conjuguent
des traits de biographie et une interrogation portant sur la
littérature. Le style serait lyrique ou post-romantique, si l'emportement
de la subjectivité et la détestation de l'univers
existant n'imprimaient quelque véhémence à son tableau
de moeurs. Une question l'anime : l'écrivant peut-il rendre
compte de l'époque et de la crise actuelles, en décrire le décor,
en restituer l'ambiance, sans nier son attache aux traditions
poétiques et littéraires que ce décor ravage, en espérant au
contraire la transmettre, la prolonger ?
L'incessant voisinage du personnage avec la contradiction
le conduit à des points de vue que l'on croirait provocants
dans le contexte idéologique contemporain - du
moins le «héros» veille-t-il à les expliciter. C'est vrai sur
le plan politique, contre l'idéologie antilibérale de la
gauche, quoiqu'il vilipende l'économie marchande - ou
contre l'antisionisme dominant en France, quoiqu'il
dénonce les guerres états-uniennes - contre l'objectivisme
des médias quoiqu'il revendique la précision du
constat - ou dans son refus des imageries favorables à tels
mouvements sociaux. C'est vrai encore pour le concept de
son entreprise, qui réfléchit les théories de la mort de l'art
pour proposer de les dépasser, malgré le risque qu'on leur
amalgame sa tentative même, à cause de la similitude de
quelques termes. L'incertain de sa démarche dessine le fil
conducteur du présent roman, formé par le doute constant
que c'en soit un.