Scalps

Sans doute ne peut-on éternellement
demeurer sans réagir. Notre être
simple et gauche, on le dirait bâti
pour être submergé. Sa peau est fine,
sans étanchéité. Il a neuf trous dans
sa coque. L'angoisse venue du dehors
a tôt fait de le couler. Les textes réunis
dans ce volume consignent les réactions
épidermiques d'un sujet aux prises
avec l'angoisse, laquelle s'incarne en
des personnages suffisants ou bornés
dont l'aplomb le renvoie sans cesse à ses
propres défaillances, à son hésitation,
à son naufrage. C'est justement cet
aplomb qu'il va défier et combattre.
Chaque texte décrit avec insistance une
séquence brève dans laquelle s'expose
douloureusement ou comiquement ce
conflit. Simultanément, deux réalités
incompatibles tentent d'occuper le terrain.
L'être simple et gauche, prisonnier
de celle qui toujours finissait par céder,
va se débattre cette fois, avec plus ou
moins de réussite, avec quoi qu'il en soit
une opiniâtreté inhabituelle et notable.
Au terme de la lutte, il sera mort peut-être,
mais quelques scalps orneront sa
ceinture.