Lumière en plein visage : Shlomo

Il alla à la porte d'entrée, la ferma à double tour et monta à l'étage. La lumière était diffuse. Dehors, les flocons tourbillonnaient et venaient s'écraser à la vitre. La bibliothèque l'accueillait. Jean-Luc s'installa dans un canapé à coussins profonds. Et ouvrit la première page.
L'écriture le frappa. Grande, large, énergique, avec des traits tirés comme les pics d'une montagne. Il essayait d'en deviner l'auteur. A la lecture du titre, Jean-Luc hésita. Dans quel voyage allait-il l'emmener ? Jean-Luc hésita, mais il s'installa plus profond et aborda le Journal de bord.
31 Août 1943
Prague. Quelle belle ville. Je suis arrivé ce matin depuis Vienne, dans un train qui était bondé. Des soldats, des femmes, des enfants, des vieillards. En face de moi, il y avait une femme avec deux petits garçons. La première timidité vaincue, nous avons fait des jeux pour passer le temps. Des devinettes. Ils parlaient allemand. Je pense qu'ils étaient juifs; bien entendu, ils n'en laissaient rien paraître. L'un s'appelait Norbert, l'autre Helmut. Une migration gigantesque est déclenchée au travers de l'Europe. Des milliers et des milliers de familles se déplacent d'Est en Ouest, du Nord au Sud. Sur la carte de l'Europe, les zones libres se rétrécissent. Mais, à l'intérieur des territoires où l'espoir est permis, la densité des déplacements s'accroît. Dans le wagon où nous avions pris place, comme par miracle, aucun contrôle n'eut lieu. Et moi, de même, je suis pris dans le remous de cette transhumance...