Faust, homme Renaissance : hommages à Heinz Raschel

Faust, homme Renaissance : hommages à Heinz Raschel

Faust, homme Renaissance : hommages à Heinz Raschel
Éditeur: Beauchesne
2010151 pagesISBN 9782701015781
Format: BrochéLangue : Français

Dans De l'Allemagne , Heine interprétait Faust, le Faust historique et celui de la

légende, comme un humaniste de «cette Renaissance qui put fleurir et régner en Italie

bien plus facilement qu'en Allemagne». Déjà, dès la première version imprimée de la

légende, le Volksbuch (1587), le magicien était un exemplum imprégné de l'esprit de la

Réforme luthérienne, destiné à montrer les limites de l'individualisme que tout bon

chrétien ne doit pas transgresser : poussé par son orgueil de savant, sa soif de pouvoir,

de richesse et de plaisir, il pactisait avec le diable et apparaissait comme un double de

Simon dit le Mage, le premier des gnostiques. La matière faustienne se répandit dans

toute l'Europe, tandis que le Volksbuch connaissait plusieurs traductions. Christopher

Marlowe, pour composer sa Tragique histoire du docteur Faustus , se fondait à la fois sur

une version française et sur une version anglaise du Volksbuch : son Faustus, personnage

prométhéen, est un «homme de la Renaissance» génial, mais perverti. Lorsqu'il se saisit

du mythe, Goethe en fait le héros d'une tragédie allemande, à première vue éloignée

des idéaux de la Renaissance humaniste. Pourtant, on souligne le fond Renaissance

du Faust de Goethe, dont le protagoniste semble avoir été modelé à l'image de Marsile

Ficin. On reconnaît aussi la dimension rabelaisienne et carnavalesque de la tragédie

goethéenne : très présentes dans le Urfaust , la verve populaire et la «culture du rire»

de la Renaissance contrastent, dans Faust I et Faust II , avec le sublime et le terrifiant.

Il n'empêche, Faust est un contemporain de Cagliostro, de Robespierre et des saint-simoniens

; c'est cet homme du XIX<sup>e</sup> siècle en costume Renaissance que Nietzsche a

persiflé malgré sa profonde admiration pour Goethe : ne percevant que le personnage

ballotté entre le Bien et le Mal, il a méconnu en Faust le «surhomme Renaissance».

Plus près de nous, André Neher a su tisser un subtil réseau de correspondances entre

Faust et un autre homme de la Renaissance, Rabbi Löw, le Maharal de Prague, à qui

la légende populaire attribue la fabrication du Golem, voyant en eux deux précurseurs

des temps nouveaux en période de crise et de mutation.

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