L'amour d'un être mortel

«L'être aimé dans ce monde dissous est devenu
la seule puissance qui ait gardé la vertu de rendre à la
chaleur de la vie. Si ce monde n'était pas sans cesse
parcouru par les mouvements convulsifs des êtres qui
se cherchent l'un l'autre, s'il n'était pas transfiguré par
le visage «dont l'absence est douloureuse», il aurait
l'apparence d'une dérision offerte à ceux qu'il fait
naître : l'existence humaine y serait présente à l'état de
souvenir ou de film des pays «sauvages». Il est nécessaire
d'excepter la fiction avec un sentiment irrité. Ce
qu'un être possède au fond de lui-même de perdu, de
tragique, la «merveille aveuglante» ne peut plus être
rencontrée que sur un lit. Il est vrai que la poussière
satisfaite et les soucis dissociés du monde présent
envahissent aussi les chambres : les chambres verrouillées
n'en demeurent pas moins, dans le vide
mental presque illimité, autant d'îlots où les figures de
la vie se recomposent.»
Georges Bataille
L'Apprenti sorcier