Les ombres et l'échappée belle

Les ombres et l'échappée belle
Ouvrir une fenêtre sur le passé, celui d'une femme ou d'un homme, est parfois difficile. Ce passé, qui fut présent, devient souvent impossible à entrevoir à travers toutes les fenêtres ouvertures lorsqu'il s'agit d'un pays qui croule sous le poids des trahisons, et qui arbore ses meurtrissures comme unique décorations face à l'histoire ; histoire d'un peuple condamné à traîner les chaînes d'un système despotique, tel Sisyphe et son rocher.
La trame de ce roman, dont Chakib et Maria sont les personnages clés, est rythmée par une musique particulière, tantôt nostalgique, tantôt ironique, grave parfois, mais jamais désespérée. Elle chuchote à qui sait déchiffrer le langage du coeur que, dans cette « Algérie », symbole d'immenses espoirs, on est passé, après l'indépendance, sans transition, du mythe à la mythomanie. Chakib, le narrateur, un être idéaliste et Maria, une éternelle révoltée, occupent parfaitement les lieux que dessine cette oeuvre complexe et attachante. Le ton désabusé et satirique avec lequel sont relatées les souffrances de la société algérienne contemporaine est cependant atténué par la lucidité, la tendresse, la poésie et la sensibilité des personnages.
C'est là un véritable cri du coeur lancé par l'auteure qui a su transposer habilement son vécu dans une oeuvre d'autofiction écrite dans un style alerte et fluide, souvent empreint d'humour et de finesse, pour réclamer la liberté d'agir et de penser confisquée dans son pays. Elle introduit ainsi le lecteur au coeur de la société algérienne d'aujourd'hui et délivre un message d'une émouvante mais douloureuse sincérité.
Bachir Mahsene
Sociologue, Université de Constantine