Maurice Der Markarian : une leçon de peinture

Un jour, il n'y a pas si longtemps, un Peintre et un Amateur disputaient sur le point de
savoir si la Peinture pouvait se suffire à elle-même, dans le spectacle de sa splendeur
multiforme, ou bien si elle éprouvait un besoin vital d'être accompagnée de mots qui
l'aideraient à convaincre et à séduire, à se faire mieux comprendre et mieux aimer. Les
arguments pour l'une ou l'autre thèse fusaient de part et d'autre, et pas toujours de là où
on les aurait attendus.
Tantôt, l'on demandait à la Peinture de se faire aussi silencieuse que somptueuse, c'était un
peu comme de dire à une femme "sois belle et tais-toi", tantôt on la sommait, avec un peu
d'inquiétude, de s'expliquer : qui es-tu ? Que veux-tu montrer ou prouver, en montrant ce
que tu montres et la façon dont tu le montres ? Quels pouvaient bien être les critères de la
valeur ? Le consensus, ou la marginalité ? La fulgurance de la mode, ou la résistance au
temps ? La place dans le marché de l'art, ou l'intime conviction, la rencontre inoubliable ?