Recherches & travaux, n° 88. Otium et écriture dans la littérature du XIXe et du XXe siècles

Depuis la Révolution française jusqu'à la fin du XX<sup>e</sup> siècle, le rapport entre I 'otium et l'écriture définit la situation de la littérature par rapport à l'Histoire. Ce rapport nouveau, essentiellement fondé sur un sentiment d'accélération, voire d'urgence, entraîne une redéfinition de la notion. Ainsi en va-t-il des conceptions esthétiques d'auteurs tels que Leopardi, Stendhal ou Baudelaire. Si, chez des écrivains comme George Sand ou William Henry Hudson, l'otium est encore ce moment de retrait(e) donnant lieu à une activité artistique, cette fonction traditionnelle devient de plus en plus fragile. Au XX<sup>e</sup> siècle, I 'otium peut être associé aux « paradis artificiels » causés par l'ivresse du hachisch (Benjamin), ou bien il participe d'une mise en cause radicale du sujet de la narration (Musil). Enfin, à l'ère postmoderne, les vestiges de la tradition sont réactualisés sous forme de « postfigurations » du loisir. Dans tous les cas, I 'otium permet de mesurer la portée historique et poétique des oeuvres et fait ressortir le rapport qui unit le texte littéraire, le sujet de l'énonciation et l'Histoire.