Requiem blues

Jules est prof de musique, pianiste, et presque célibataire. Il pense mener une vie normale,
jusqu'à ce que sa route (qui se trouve être aussi celle de son Franprix) le conduise chez son
ami Pierre, précisément quelques minutes après sa mort violente... Et quand Jules devient
enquêteur, forcément, l'enquête devient musicale.
- Et vous n'avez touché à rien ?
Le policier, cinquante ans, a une belle voix de baryton, sans doute travaillée quotidiennement
à la gitane-maïs (sans bout filtre). Il est petit, rond, avec un double menton, une moustache
épaisse, et des yeux tombants de cocker.
Touché ? Évidemment, pour lui, la viande froide, c'est comme qui dirait son pain quotidien.
Mais moi..., lorsque je suis entré, et que j'ai vu Pierre, mon ami, anormalement plongé dans
la contemplation de son plafond, son violon sagement posé près de lui, un pistolet à terre,
entre ses jambes... J'essaie d'expliquer le topo à Gitane-Maïs, à voix basse.
Pourquoi à voix basse, Jules ? Je ne sais pas, un réflexe inexplicable, la peur de réveiller
Pierre. Ce n'est pourtant pas une grosse fatigue qui lui a fait ce vilain trou à la base du
cou. La police a conclu au suicide. Mais la police n'est pas musicienne.
En revanche moi, qui suis musicien, je n'ai pas la moindre idée sur la façon de mener une
enquête. Faire parler le violon du mort, c'est une chose, mais confesser mes contemporains...
Et pour cela m'immiscer dans un orchestre philharmonique communiste, affronter à mains
nues l'impro jazz armé d'un piano droit... Et tout du long, assister à la lente dégradation
de mes certitudes concernant Pierre, mon ami. Comment trouver un coupable quand on
n'est plus sûr de savoir qui est la victime ?