Le naufrage du Lamoricière

Le 9 janvier 1942, en pleine tempête, un paquebot sombre,
intact, après avoir tenté de porter secours à un cargo en perdition.
Le naufrage fait près de 300 morts.
Un voile d'oubli tombe sur cette surprenante histoire,
masquée par les horreurs de la guerre mondiale.
Aujourd'hui, l'intérêt renaît pour cette tragédie. Ainsi,
l'association French Lines, qui se consacre à faire vivre la
mémoire des grandes compagnies maritimes, organise des
conférences, des forums en ligne consacrés au naufrage du
Lamoricière, dont le grand poète Max Pol Fouchet interprétait
ainsi le nom : la mort ici erre...
Ce livre est construit autour d'un poignant témoignage :
une jeune femme rescapée, Maguy Dumond, a écrit à
chaud le récit détaillé du drame où elle a perdu son mari.
Publié en 1943, ce livre était introuvable.
En mai 2008, l'histoire du Lamoricière a suscité un vif
regain d'intérêt. Grâce à la prouesse d'une équipe de
plongeurs italiens : l'épave, au prix d'efforts et de courage
exceptionnels a été retrouvée et photographiée à près de
150 mètres de profondeur. Un exploit sportif et technique,
ramenant des fonds obscurs de bouleversantes images.
Enfin, ce livre éclaire un paradoxe. Sous la plume
d'Edouard Peisson, le drame si discret du Lamoricière a
donné naissance aux plus belles pages de la littérature
maritime, pages célèbres, traduites dans toutes les langues.
L'immense écrivain avait saisi la portée morale de ce
drame, dont il fait la trame d'un chef d'oeuvre littéraire.
Face aux dangers de la tempête, un commandant doit-il risquer
la vie de ses passagers en se déroutant pour porter
secours à l'équipage d'un cargo ? Où est son devoir ? «Dieu
te juge», répond Peisson. Dieu oui, mais... les hommes ?