Le poids du secret

Le poids du secret
J'avais quel âge ? Onze ans, douze peut-être. Alors que je jouais au ballon en attendant les copains, une vieille dame est entrée dans la cour, devant notre maison. Cette femme a sonné chez mes parents. Au premier étage, une fenêtre s'est ouverte. C'était ma mère.
« C'est pour quoi ? »
« Je voudrais parler à Léon ».
Léon, c'était mon père. Ma mère s'est retournée vers l'intérieur, avant de répondre :
« Il ne veut pas vous parler. Allez-vous en ! ».
La vieille est restée, a sonné à nouveau. Ma mère lui a répété avec une étrange douceur de s'en aller, comme si elle la connaissait, comme si elle savait qui c'était.
Alors, par trois fois, cette vieille femme a hurlé à plein poumons son désespoir : « Léon, tu ne connais pas la vérité ».
Accablée, elle m'a tourné le dos sans un regard, s'est tassée plus encore sur elle-même, le corps secoué de sanglots. Elle est repartie à petits pas aussi discrètement qu'elle était venue.
Cette petite vieille que je n'avais jamais vue et que je ne reverrai jamais, c'était ma grand-mère.
Il ne lui restait alors que son désespoir, et quelques mois à vivre.