Gaston Fessard, un chrétien de rite dialectique ?

Si l'Église catholique assume qu'il peut exister plusieurs rites qui expriment la même croyance, a-t-on aussi le droit de proposer plusieurs langages pour exprimer le même contenu théologique ? Grand résistant, adversaire tout au long de sa vie des totalitarismes de droite comme de gauche, le jésuite Gaston Fessard (1897-1978) fut un chrétien de rite dialectique. Omniprésente dans son oeuvre, la dialectique est pour lui un véritable rituel de la pensée. À la rencontre entre l'héritage de Hegel et celui des Exercices spirituels , elle lui permet de réintroduire dans la modernité les instruments chrétiens que celle-ci avait rejetés. Elle le conduit à penser le temps présent, et à vouloir peser sur lui, sans jamais renoncer à l'épaisseur de l'histoire ni à l'horizon du salut.
Ce livre saisit la critique du marxisme par Fessard, à la lumière de la dialectique hégélienne, pour en faire l'observatoire de la relation contradictoire qui s'est nouée entre catholiques et communistes au XX<sup>e</sup> siècle. C'est l'interprétation rigoureuse de Marx qui permet au jésuite de comprendre le communisme comme une religion séculière, aussi dangereuse que le nazisme qu'il a combattu.
À l'heure où le théologico-politique revient en débat, l'oeuvre de Gaston Fessard offre l'exemple d'un engagement philosophique au coeur même du siècle, qui n'a rien perdu de son actualité.