Vivre avec le cinéma

Les études cinématographiques sont depuis long-temps
dominées par ce que Jacques Bouveresse
appelle «la phobie de l'extra-textualité», qui est aussi
phobie du sens : le «vrai» sujet du cinéma devrait
être... le cinéma.
Pourtant, le regard que les spectateurs portent
sur les films n'est pas de cet ordre et si tout discours
filmique résulte nécessairement du travail de la forme,
celui-ci a cependant pour finalité l'intelligibilité de
l'oeuvre. Car, par-delà leur fonction de divertissement,
première et nécessaire, les films de fiction répondent
au besoin proprement humain de trouver des
réponses, ne serait-ce qu'hypothétiques, lacunaires
ou transitoires, à la question du «comment vivre»,
dans et pour quel monde, et pour quelle façon
d'être soi - questions auxquelles nous sommes
tous quotidiennement confrontés. Ainsi le cinéma
complète-t-il la philosophie morale et la morale en
explorant, quelquefois même mieux qu'elles, nos
contradictions.