1985-2005 : vingt années d'écriture migrantes au Québec : les voies d'une herméneutique

V oix venue d'ailleurs, la parole immigrante, jusque là sporadique et aléatoire,
acquit dans le Québec des années 1980 une légitimité l'autorisant à se prévaloir
du statut de courant littéraire bien propre à revivifier une littérature nationale qui
s'épuisait. Tenue d'innover sous peine d'extinction ou d'assimilation, cette «écriture
migrante» s'y employa et fonda son esthétique sur une hybridité conçue comme la
forme littéraire de l'instabilité conceptuelle inhérente à tout phénomène migratoire. Mais
au delà de ses apports thématiques, génériques et langagiers, le mouvement a une
véritable portée herméneutique car, en donnant force et lisibilité à des motifs inscrits en
creux, il offre un code d'accès à la littérature québécoise traditionnelle dont il partage
certaines préoccupations parmi lesquelles les notions d'exil et d'altérité, l'insertion dans
l'Histoire ou encore l'attention portée au transculturel.
Pour cerner les principales lignes de force de l'écriture migrante, les contributions des
participants au colloque international organisé sur ce thème par Marc Arino et Marie-Lyne
Piccione à Bordeaux en décembre 2005 proposent en premier lieu une réflexion
d'ordre théorique, puis abordent les figures du déplacement, du dédoublement et du
travestissement que cette écriture motive, avant de s'intéresser à l'exil et à la quête
identitaire qu'implique toute migrance.