Les yeux de Cendre

Cela a commencé sur l'île aux Oiseaux un soir d'orage d'une
rare violence.
En face, sur la presqu'île du Cap-Ferret, cette langue de sable
blanc, colonne vertébrale qui serpente entre deux masses
liquides aux ardeurs freinées par les pinèdes et les dunes,
Matthieu peint inlassablement le bassin d'Arcachon, depuis sa
cabane posée à une enjambée de l'eau à marée haute.
Ce matin d'été, à marée basse, il restaure son vieux chaland
malgré la canicule, lorsqu'il distingue, dans un halo de poussière
soulevée par le vent d'est, une créature blonde vêtue d'un
perfecto et de grosses lunettes noires, flanquée d'un dogue de
Bordeaux qu'elle nomme lago. Fasciné par l'arrogance et
l'étrange fragilité de la jeune femme, Matthieu s'aperçoit qu'elle
est aveugle quand elle lui dit avec une ironie perceptible : «Tu es
peintre, donne-moi tes yeux !»
Dans l'atmosphère voluptueuse de la presqu'île, Matthieu
délaisse son amante au long cours, Gaby, dite la charmeuse de
serpents, et capitule sans savoir qu'au-delà des rancunes, des
spéculations immobilières, de l'obstination des hommes à lutter
contre l'invasion acharnée de l'océan, il y a des cadavres. Happé
par ce noeud d'intrigues qui le paralyse, Matthieu, fou amoureux
de Cendre, cherche à pallier les lacunes de l'inspecteur de police
Cazette mais tarde à trouver la solution, dans une ambiance à la
Tortillas Flat de Steinbeck.