Montorgueil café

«La jeunesse, les dates existent pas. Les jeunes datent rien. Gars, citron
vide, chiens fous. Filles, lubriques chiennes, reins creusés, leur triangle devant,
tout dodu, martyrisé par le jean's impitoyable... Le pauvre, comme j'aimerais
le libérer. Toi, tiers-monde, étrange, moi humanitaire...»
Envie d'une gorgée d'euphorie - de ces euphories de longue
garde qui commencent par vous pétiller en bouche et finissent sur
une note de nostalgie qui vous met les larmes aux yeux ? Alors,
poussez la page, entrez, asseyez-vous entre les lignes, le dos bien
calé contre un paragraphe, et goûtez-moi ce Montorgueil Café , ce
cru de pleine rue, suave et chaud comme bonheur en hiver.
Laissez s'épanouir ces arômes d'asphalte après la pluie, ce fumet
du vin à la tireuse, du mijoté de lapin, avec en fond perdu l'odeur
salée des femmes - ce parfum de la vie, quoi ! A lire Bernard
Gasco, la rue Montorgueil, dans le quartier des Halles, n'est pas
vraiment une rue : c'est tout un monde ; dont la capitale est un
café, un de ces bistrots d'apéro avec son comptoir comme un
théâtre où l'auteur convoque les ombres qui ont émerveillé son
enfance : sous des regards immenses et doux façon Doisneau, des
gamines effrontées à la Queneau rejoignent les errants de quelque
Quai des Brumes de Mac Orlan, pour former une ronde comme une
chanson de Trenet qui serait allé s'encanailler du côté de chez
Brassens ou Pierre Perret. Alternant tragédies à en pleurer de rire
et comédies à en rire pour ne pas pleurer, Bernard Gasco recherche
le temps perdu du Montorgueil Café où, dit-il, tout m'était amour.