Proudhon et la banque du peuple (1848-1849)

La révolution de Février 1848 a propulsé Pierre-Joseph Proudhon sur
le devant de la scène publique. L'auteur de la célèbre formule «la
propriété, c'est le vol» devint sous la seconde République rédacteur en
chef de quotidiens, représentant du peuple à l'Assemblée nationale et...
banquier !
Quel but poursuivait alors celui qui se revendiqua «anarchiste» et
souhaitait l'«abolition de la royauté de l'or» ?
Selon Proudhon, la solution du problème social passait par une réforme
radicale du crédit et de la circulation monétaire. Pour abolir le capitalisme,
les travailleurs devaient se prêter mutuellement les capitaux dont ils avaient
besoin et le peuple devenir son propre banquier. Selon son théoricien, la
Banque du Peuple était «la formule financière, la traduction en langage
économique, du principe de la démocratie moderne, la souveraineté du
Peuple, et de la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité.»
Si la Banque du Peuple n'a jamais pu commencer ses opérations, elle était
loin d'être une chimère. Malgré l'enthousiasme parfois démesuré qu'elle
suscitât chez quelques uns de ses adeptes, son projet répondait bien aux
besoins concrets de ses contemporains. Par ailleurs, le projet initié par
Proudhon le dépassa largement. À une période où le socialisme émergeait
difficilement et dut faire face à l'hostilité du gouvernement, la Banque
du Peuple fonctionna pendant l'hiver 1848-1849 comme un centre de
réflexion des différentes forces sociales. Elle fut l'oeuvre des associations
de travailleurs et de nombreux réformateurs sociaux qui ébauchèrent
autour d'elle un vaste projet mutualiste et coopératif.
Pour toutes ces raisons, la Banque du Peuple s'impose comme un moment
fort, et pourtant méconnu, de notre histoire sociale.