Nos enfants sont notre richesse : maternité et identité nationale en Guyane française

«Si une femme n'avait pas passé les trois échographies obligatoires,
Margaux rédigeait une ordonnance pour y remédier. Si elle avait des taux
d'hémoglobine bas, elle prescrivait des suppléments de fer. Pourquoi ne
savait-elle pas - ou apparemment ne se souciait-elle pas de savoir - si une
patiente était assurée ou pas ? Pourquoi certaines femmes avaient-elles la
sécurité sociale alors que d'autres relevaient de l'aide médicale d'État, de
la couverture maladie universelle ou n'avaient pas d'assurance du tout ?
Je ne savais même pas exactement ce que signifiaient ces termes. Je me
trouvais dans une ancienne colonie pénitentiaire française, alors pourquoi
la majorité des femmes enceintes que je rencontrais ne parlaient-elles
pas français ? Depuis combien de temps habitaient-elles dans le pays ?
Et pourquoi toutes les sages-femmes et tous les gynécologues obstétriciens
de l'hôpital venaient-ils de métropole ?»
Consistant en une immersion dans l'univers et le quotidien des personnels
de santé en maternité de Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane française),
l'enquête de C. Grinberg sonde, par-delà son sujet, les lignes de tension
qui parcourent la société guyanaise. Mettant à jour des problématiques
telles que l'immigration, la barrière linguistique, l'égalité, l'identité, la
politique familiale ou encore le rapport à l'enfant et au corps, ce texte
embrasse une réalité fortement clivée et une communauté plurielle, où
courent stéréotypes et clichés. Un travail de terrain remarquable et qui
interpelle avec intelligence.