Hé bien ! La guerre

Ultime tour de piste d'un écrivain définitivement
exclu du spectacle et à qui n'est resté que sa petite
musique. Assemblage, assortiment des premières
pages de livres abandonnés en chemin faute de
temps, autrement dit faute d'argent, le nerf de la
guerre pour qui vit de sa plume. Vestiges d'une
oeuvre à venir qui demeurera donc inachevée.
Avec, en prime, de très brefs essais réunis ici
comme autant de coups de chapeau aux artistes
révérés : Mozart, Shakespeare, Büchner, Rossini,
Strauss, Vélasquez, Cervantès, Hofmannsthal,
Pouchkine et quelques autres. «Vous serez un
grand écrivain posthume», me prédit un éminent
éditeur il y a déjà vingt ans de cela. J'en accepte
aujourd'hui l'augure en publiant, comme l'avait
décidé avant moi Musil, «l'oeuvre posthume de
mon vivant». Je n'étais pas fait pour le cirque
moderne. J'ai trop cru en la littérature, trop peu
sacrifié à l'image. Franc-tireur isolé, j'ai perdu la
guerre... Hé bien ! la guerre.
L'auteur