Pour un croissant de lune

"J'avais 16 ans lorsque, en 1940, face à une puissante armée allemande, la France connut l'une des plus cuisantes défaites de son histoire et, à l'initiative du Maréchal Pétain, appelé à la hâte à la tête du pays, demanda l'armistice.
Bien que je compris que, compte tenu de la situation désespérée de nos troupes, cette décision était la seule qui pouvait encore être prise, je ressentis douloureusement cette humiliation.
En juin 1942, n'y tenant plus, je décidai de tout abandonner et de tenter de rejoindre la Tunisie dans l'espoir d'y trouver le moyen de gagner le Sud et les troupes françaises qui, sous les ordres du Général Leclerc, avaient débarqué au Cameroun et, à travers le Tchad, progressaient vers l'Egypte où "l'Afrika-Korps" du Maréchal Rommel combattait avec succès l'armée britannique.
Renonçant à passer par l'Espagne lorsque j'appris que mes camarades qui l'avaient tenté, avaient été internés par les autorités de ce pays, je découvris une filière mise en place par le Commandement militaire à l'initiative du Maréchal Pétain qui, conforme en apparence aux conditions d'armistice, organisait au nez et à la barbe des Allemands, le passage en AFN de tous les jeunes Français désireux de rallier l'un des régiments qui y étaient stationnés.
Le débarquement Anglo-américain du 8 novembre 1942, sur les côtes d'Algérie, provoqua l'arrivée massive dans le Nord de la Tunisie de troupes allemandes et italiennes avec mission de se porter à la rencontre des Alliés. Les régiments français stationnés dans ce pays, bientôt rejoints par ceux d'Algérie, et plus tard du Maroc, choisirent de s'y opposer.
Commença alors la "Campagne de Tunisie" dans laquelle, avec l'appui progressif des divisions anglaises et américaines, l'armée française d'AFN prit une part prépondérante."
M.M.