Ennoblir et embellir : de l'architecture à l'urbanisme

Il fut une époque, du XV<sup>e</sup> siècle au début du XX<sup>e</sup> siècle, où les
architectes avaient pour mission d'ennoblir les palais, les lieux
de culte et les résidences des puissants en les embellissant. La
maîtrise des projections mathématiques, et de la perspective qui en
découle, donnait aux artistes et aux architectes un pouvoir nouveau ;
l'idéal platonicien du beau faisait accepter par tous une grammaire
universelle des formes. À partir du XVIII<sup>e</sup> siècle, les conditions se
transforment : la société s'urbanise, s'industrialise et devient plus
mobile : l'esthétique d'inspiration platonicienne est critiquée ; le
principe du beau est désormais recherché du côté de la raison ou de
l'histoire. Un compromis incarné par Jacques-Nicolas-Louis Durand
est imaginé à la jointure du XVIII<sup>e</sup> et du XIX<sup>e</sup> siècle. Il concilie la volonté
d'embellissement, dont entendent désormais bénéficier les classes
moyennes, avec le souci d'efficacité fonctionnelle. Cette façon de
concevoir l'aménagement des villes s'efface au début du XX<sup>e</sup> siècle,
au moment où s'impose le terme d'urbanisme et le programme qu'il
désigne : l'amélioration des conditions de vie de tous les citadins.
L'art d'ennoblir pour embellir a cependant légué à l'urbanisme de
tradition européenne un rêve : celui d'harmoniser les formes bâties.