Un patient nommé Wagner

Un patient nommé Wagner est la première chronique médicale complète de
la vie du compositeur, fondée sur un grand nombre de sources inédites
en français. Loin du rapport médical et de son inévitable jargon, l'ouvrage
propose un récit de la vie de l'artiste à la lumière de ses maux. La notion
de « santé » envisage ici l'homme dans sa globalité physique et psychique,
ainsi que dans son quotidien. L'anecdote est mise au service du portrait
vivant d'un « patient » qui n'hésitait pas à dire de lui-même avec humour :
« L'auteur de Lohengrin et Tristan est difficile à soigner ».
Confronté aux tâtonnements de la médecine de son temps, Wagner se
soigna le plus souvent avec excès en se soumettant à des cures hydrothérapiques et des régimes draconiens, recherchant toujours des médecins ou
autres thérapeutes en marge de la communauté scientifique de l'époque,
prêts à écouter ses plaintes diverses et multiples, à s'occuper de lui avec
sollicitude et capables de comprendre la nature essentiellement psychosomatique de la plupart de ses ennuis de santé. Jusqu'à sa mort des
suites d'un infarctus du myocarde, notre « patient » eut une santé plutôt
robuste, mais la maladie, sous des formes variées et souvent banales, lui
fut assez familière tout au long de sa vie pour être un facteur de perturbation chronique, sans que ses facultés créatrices en fussent altérées.
Cet ouvrage constitue une mine d'informations sur la relation d'un
créateur à son corps, les pratiques, traitements et discours de l'époque
relativement aux aspects physiques, physiologiques, prépsychanalytiques, et plus précisément sur les rapports à la médecine et au corps
du génie - toujours sacralisé - auquel nous semblons aujourd'hui encore
refuser contingence et quotidienneté.