Un fascisme roumain : Codreanu, Cioran, Eliade... et les autres

La création en 1927, par Corneliu Zelea Codreanu, de la Légion
de l'Archange Michel, la future Garde de fer, signe la naissance
du fascisme roumain. Le mouvement s'habillait en vert, couleur
de la végétation printanière, de la ruralité, de la religion, de la monarchie
et de la famille. Il recrutait de brillants intellectuels, dont
le spiritualiste Eliade et l'agnostique Cioran. Il possédait un chef
au physique de jeune premier, au destin romantique, exécuté à
38 ans par un roi jaloux de son aura. Ces ingrédients d'un conte
balkanique et exotique n'auraient que peu en commun avec la
norme fasciste ouest-européenne.
Et pourtant, l'embrigadement au nom de la doctrine du chef, la
promesse d'une nation renouvelée par la purification antisémite,
antilibérale et anticommuniste, la mobilisation violente, la révolte
contre les autorités publiques et privées, le racisme biologique et
l'impérialisme international, ainsi que le choix de l'alliance avec
les puissances de l'axe Rome-Berlin racontent une tout autre histoire.
Cette culture politique à la fois locale et européenne fit de la
Roumanie le deuxième État après l'Allemagne pour le nombre
de juifs exterminés. L'héritage et la mémoire de cette idéologie
ont marqué autant le national-communisme de Ceausescu que
le populisme roumain actuel. Un livre essentiel sur une histoire
méconnue.