Ecriture poétique, langue maternelle et langue étrangère : contribution à une histoire polyglossique de la poésie française

L'inscription de langues étrangères dans la poésie française
contemporaine invite à s'interroger sur le rapport du poète à sa
langue maternelle et à sa langue d'écriture. Pour comprendre la
portée du multilinguisme poétique aujourd'hui, il était
nécessaire de le replacer dans l'histoire de la conscience qu'ont
les poètes de leur langue, des autres langues et de la poésie.
Quelle était la valeur du multilinguisme dans la poésie
médiévale ? Pourquoi disparaît-il au XVI<sup>e</sup> siècle ? Comment et
pourquoi revient-il timidement et sporadiquement dans la
seconde moitié du XIX<sup>e</sup> siècle, notamment chez Tristan Corbière ?
Mais il convenait principalement de s'interroger sur l'émergence
de nouvelles pratiques multilingues au XX<sup>e</sup> siècle, sur les
conditions de leur apparition et sur leurs valeurs. Les avant-gardes
du début du siècle jouent un rôle décisif dans l'évolution
du concept de «langage poétique» et de son rapport à la langue
du quotidien. Relayées par des écritures qui problématisent le
rapport du poète à sa langue de création, comme celles
d'Armand Robin ou d'Antonin Artaud, elles annoncent et
préparent le multilinguisme généralisé qu'on rencontre chez de
nombreux poètes de l'extrême contemporain, comme Denis
Roche ou Joseph Guglielmi.